Le vol à voile

Constat: On ne sait pas ce qu'est le vol à voile!!
 
Il est facile de réaliser un petit sondage afin de savoir si les gens connaissent ce sport aérien. Vous pouvez d'ailleurs établir vous-même cette statistique grâce à votre entourage, malgré un biais de mesure évident si vous pratiquez le vol en planeur (ceux qui vous côtoient ont au moins une vague idée du sport que vous pratiquez).
 
EPLe résultat est édifiant. Deux remarques très surprenantes mais révélatrices de la méconnaissance de ce sport de pilotage constituent le refrain fréquemment entendu par les sondeurs:
  - pratique t'on le vol à voile en mer ou sur un lac?
  - Comment un planeur peut-il voler sans vent?
 
Il faut bien se rendre à l'évidence, le vol à voile est un sport discret Le pilote et sa machine se perdent en silence dans l'azur. Durant des heures entières il n'y a alors plus que le planeur et le reste du monde. C'est un sport tellement discret que l'on peut parfois avoir le sentiment qu'il n'existe aucune communication entre le milieu vélivole et le public.
 
Nous vous proposons par conséquent, de vous initier sommairement à la pratique du vol à voile, sport de pilotage aérien par excellence. Et, si vous êtes déjà pilote, confirmé ou non, vous aurez, au gré de ces quelques pages, le loisir de découvrir le club de Bagnères de Luchon, au pied des Pyrénées, montagnes de passions.

Principe du vol en planeur

Le planeur est évidemment plus lourd que l'air. Son poids l'attire donc irrémédiablement vers le sol. Pour qu'il glisse sur l'air, apparaît une force capable de s'opposer à son poids. Cette force est appelée Portance, elle est perpendiculaire au profil d'aile.
 
Tout mouvement de pénétration dans un fluide engendre une force de type force de frottements qui s'oppose au mouvement. Cette force est appelée Traînée (RX). La somme vectorielle de la portance et de la traînée est appelée Résultante Aérodynamique (RA). Elle est fonction de la surface de l'aile et du carré de la vitesse. Le principe fondamental de la dynamique nous indique qu'au cours d'un mouvement uniforme (sans accélération ni décélération), la somme de toutes les forces appliquées au mobile (le planeur) est égale à zéro. Dans le cas du planeur en remorquée en vol horizontal, le bilan des forces est donc le suivant : Poids + Portance + Trainée + Traction = 0. La portance équilibre exactement le poids, la traction équilibre exactement la traînée.
 
A présent, larguons le câble de remorquage et poursuivons le vol horizontal. La force de traction a bien sûr disparu. L'équilibre est donc rompu. La traînée a pour conséquence le ralentissement du planeur, ce qui évidemment diminue la portance. Finalement, l'aile n'est plus soutenue, elle décroche. Une fois largué, il n'existe alors qu'une solution permettant de rétablir l'équilibre. Elle consiste à donner au planeur une trajectoire descendante. Naturellement, le poids reste orienté selon la verticale, mais la résultante aérodynamique bascule et vient se placer exactement à l'opposé du poids.
 
Il apparaît enfin une relation entre la vitesse du planeur et la pente de descente ou incidence. Cette vitesse est, dit-on, fonction de la composante du poids parallèle à la trajectoire. Le vol plané, ce n'est donc pas sorcier, même si cela reste magique pour celui qui l'utilise. Nous l'avons comparé au cycliste fatigué mais ce type de mouvement n'est pas du tout une curiosité "sportive". Nous pourrions faire le même type d'étude pour la descente en bobsleigh, la trajectoire d'une bille sur un plan incliné, ou la chute libre d'un flocon de neige dans l'atmosphère.

Comment décoller

Pour pouvoir décoller le planeur a besoin d’une assistance extérieure, on parle de moyen de lancement. Il en existe 2 principaux.
 
lancement01Le remorquage consiste à accrocher le planeur derrière un aéronef qui va le remorquer. C’est certainement le moyen de lancement le plus courant en France. D’une grande souplesse d‘utilisation, facile à mettre en œuvre, il permet d’amener le planeur à l’endroit où se trouve l’ascendance, à l’altitude adéquate et ceci en fonction de la situation météo du jour. Si l’avion reste encore l’aéronef remorqueur le plus utilisé, l’ULM connait aujourd’hui un succès indéniable notamment grâce à des coûts d’exploitation (carburant et maintenance) moins élevés. Malgré tout, ce mode de lancement reste relativement onéreux et requiert la présence d’un pilote remorqueur qualifié.
 
Compte tenu de l’altitude du terrain et de la faible longueur piste disponible, Luchon utilise un remorqueur puissant (180cv) : le Robin DR400 180 Remo. Nous nous en servons principalement pour des remorqués éloignés du terrain et pour des types de vols spécifiques comme les vols de performance en thermique ou en onde.
 
lancement02Le treuillage consiste à enrouler à grande vitesse, sur un tambour, un câble à l’extrémité duquel le planeur est accroché. Respectueux de l’environnement, peu gourmand en énergie et peu bruyant, le treuil, longtemps décrié pour son manque de souplesse et sa difficulté de mise en œuvre, est aujourd’hui un moyen de lancement de plus en plus répandu. Au-delà de l’aspect écologique son principal avantage reste un faible coût d’exploitation. Pas besoin de mécanicien agréé aéronautique pour le maintenir, pas besoin de pilote licencié pour l’utiliser et moins d’un litre d’essence consommée par décollage. Tout cela permet de lancer un planeur à la moitié du prix d’un remorquage équivalent. La contrainte majeure reste le côté « ingrat » de la mise en œuvre. Contrairement au pilote remorqueur, le treuillard (pilote du treuil) ne vole pas. De plus un aide est obligatoire coté planeur alors que dans le cas du remorquage le planeur peut décoller sans assistance (même si ce n’est pas l’usage habituel).
 
Les conditions aérologiques font de Luchon un site particulièrement adapté à l’utilisation du treuil qui est notre principal moyen de lancement, voire quasi-exclusif pour l’école de début. Nous disposons d’un treuil de dernière génération de marque Skylauch à deux tambours permettant de d’enrouler 800m de câble. Ses 360Cv et ses assistances en font un outil très facile à utiliser.

Comment rester en l'air

Le seul et unique "carburant" qui permet au planeur de voler c’est l'air qui l'entoure. Pour monter, il utilise les courants ascendants thermiques ou dynamiques. C'est en puisant dans cette énergie gratuite et intarissable que le pilote va maintenir son planeur et continuer à imiter l'oiseau.
 
aerologie01Les ascendances thermiques sont des colonnes d’air chaud déclenchées par des contrastes de températures au sol. Elles sont souvent matérialisées par des nuages cotonneux que sont les cumulus. Au sein de ces structures, l'air est surchauffé dans les basses couches de l'atmosphère. Moins dense que l'air ambiant, il s'élève alors avec une vitesse qui dépend de nombreux paramètres, tels que la nature du sol et la qualité de l’ensoleillement. Au cœur des ascendances thermiques, l'air s'élève plus vite que le planeur ne descend. Dans ces conditions, le pilote spirale dans la colonne d'air ascendante pour gagner de la hauteur, donc de l'autonomie.
 
Il est assez commun d'utiliser le vol thermique en montagne. De mars à septembre, par vent faible, les cumulus se forment au-dessus du massif. Leurs plafonds s'élevant avec la profondeur dans la chaîne. De 2000 à 2500m sur les crêtes du Luchonnais ils passent à 3000 m sur la frontière franco espagnole voire plus sur les versants Sud au-delà de celle-ci.
 
aerologie02Les ascendances dynamiques, dites orographiques, sont le résultat direct de l'action du vent (ou des brises) sur le relief qui force l'air qui le rencontre à s'élever. L’importance du courant ascendant ainsi généré dépend principalement de la direction et de la force du vent mais aussi de la stabilité de la masse d’air.
 
Si celle-ci est stable et le vent modéré, les filets d’air ont tendance à contourner l’obstacle. Si elle est instable les particules d’air poursuivent d’elle-même leur mouvement ascendant le long de la pente. Le pilote de planeur l’exploite en faisant des allers et retours le long de celle-ci. Grace à la brise de vallée présente tout au long de l’année, Luchon est le site idéal pour la découverte et le perfectionnement au vol de pente.
 
Lorsque la masse d’air est très stable, le vent fort et bien orienté par rapport au relief, l’air soulevé, après être passé au-dessus de l’obstacle tend à revenir à sa position initiale en effectuant une série d’oscillation que l’on peut assimiler à des sinusoïdes. C’est ce phénomène que l’on appelle communément l’onde.
 
Sur le massif Pyrénéen, si le vent est supérieur à 30 km/h en altitude, de secteur Sud à Sud-Ouest, l'onde s'installe sur la chaîne entière. Les plafonds, souvent matérialisés par ces majestueux nuages lenticulaires, permettraient d'atteindre des altitudes "astronomiques" si la législation ne nous demandait pas (à juste titre) de limiter l'altitude de vol à environ 6000m, ce qui offre déjà un spectacle fabuleux. La période favorable pour ce type de vol au départ de Luchon s'étale d'octobre à mai, à raison de 4 à 5 journées par mois.